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Le mercredi 6 février : Repos !
On a une journée pour nous remettre de nos émotions terrestres et célestes de la veille. Rien au programme aujourd'hui mis à part du repos pour recharger nos batteries afin d'être prêt à profiter d'une potentielle nouvelle nuit claire. En effet, il n'y a toujours pas un nuage qui se profile à l'horizon ! Que du bonheur ...
Depuis la terrasse de Saharasky tout est paisible. Il est agréable d'y monter au coucher du Soleil pour profiter de la vue car c'est le moment de la journée où la dune de Tinfou se pare d'une belle couleur dorée.
Ce soir un fin croissant de Lune est de retour dans les lueurs du crépuscule. Nous prenons le temps de savourer notre repas afin de lui laisser le temps d'aller se coucher et que son éclat ne gène pas nos observations du ciel profond.
Ce soir la lumière zodiacale est toujours aussi impressionnante malgré la pollution lumineuse de Zagora qui éclaire l'horizon ouest. Elle est tellement brillante qu'il est impossible de pointer des objets du ciel profond dans sa direction.
J'entame cette nouvelle nuit d'observation avec l'un de mes challenges du séjour, le rémanent de Wolf Rayet Sh 2-308 dans la constellation du Grand Chien. il s'agit d'un très grand complexe gazeux filamenteux facile à pointer car il se trouve juste au NO de l'étoile Omicron 1 CMa (3,82m). Dans le Lightbridge de 406 mm à 62x avec le filtre UHC je découvre un grand arc nébuleux assez pâle et qui apparaît centré sur une étoile de 6,2m. Il s'agit de EZ CMa, l'étoile génitrice de cette bulle de matière et qui est une future candidate à supernova. Le challenge est donc relevé !
Sh2-308 - Nébuleuse dans le Grand Chien
Télescope de 406 mm à 62x (Uwan de 28 mm + UHC) - SQM 21,91
Je reste dans le Grand Chien pour rendre visite à un trio galactique formé de NGC 2292 (10,8m - 4,0'x3,5'), NGC 2293 (11,2m - 4,0'x3,2') et NGC 2295 (12,8m - 2,1'x0,6'). Toujours dans le T406 mm à 300x je distingue deux galaxies en interaction, il s'agit de NGC 2292 et 2293, leur deux noyaux sont visibles côte à côte dans un halo diffus. Quant à NGC 2295 elle fait un peu bande à part à près de 4' d'arc de notre duo. Cette petite galaxie est vue par la tranche, elle ressemble à un faible petit fuseau nébuleux entouré d'étoiles.
NGC 2292-3 et NGC 2295 - Galaxies dans le Grand Chien
Télescope de 406 mm à 300x (Ethos de 6 mm) - SQM 21,91
De son côté Rémi a pointé une petite comète très discrète mais qui fait actuellement le "buzz" chez les astrophotographes : 60/P Tsuchinshan 2. A 180x dans le Dobson de 406 mm elle apparaît comme une petite tache diffuse assez faible, sa magnitude doit être proche de 13,5m. En vision décalée la comète laisse entrevoir une longue et fine queue qui explique qu'elle soit si appréciée par les esthètes.
La comète 60/P Tsuchinshan 2
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 21,91
J'arrête là les dessins pour ce soir car demain nous devons partir pour une longue excursion et il me faut garder quelques heures de sommeil.
Le jeudi 7 février : En route pour Chegaga pour une incursion dans le Sahara !
Voilà une journée d'excursion que l'on attendait tous avec impatience : aller fouler les dunes du désert du Sahara. Notre guide Brahim nous y conduit en 4x4 car la piste sablonneuse est impraticable pour nos véhicules de location.
Une fois que l'on a dépassé les villages de Tagounite et M'Hamid la route goudronnée laisse la place à une piste serpentant dans un désert de pierre alterné par de larges bancs de sable qui sont autant de pièges pour les conducteurs car le risque d'enlisement est réel.
Cette piste chaotique met à rude épreuve les véhicules, même les plus endurants. Brahim arrête notre 4x4 pour venir aider un collègue dont les freins restent dangereusement bloqués. Notre excursion prend un petit parfum de rallye Paris-Dakar !
Après deux heures de route nous arrivons enfin à Chegaga. Une mer de dunes de sable s'étend devant nous, çà y est nous sommes bel et bien dans le Sahara ! Cet erg est le plus vaste et le plus sauvage du Maroc, il s'étend sur plus de 40 kilomètres.
Nous grimpons tant bien que mal jusqu'au sommet de la plus grande dune qui se présente à nous afin de bénéficier d'une vue panoramique sur le désert. Arrivés sur la crête nous sommes récompensés par une vision à couper le souffle, le Sahara s'étend à perte de vue !
Certaines dunes peuvent atteindre près de 60 mètres de hauteur.
Vers 16h le Soleil commence à décliner et le désert commence à prendre des couleurs intéressantes et du relief grace aux ombres portées.
Notre équipe d'astro voyageurs pose en compagnie de notre cuisinier devant l'une des premières dunes de l'erg pour l'inévitable photo souvenir : Le Sahara, on y était !
Entre le désert de pierre et l'erg sablonneux une dépression concentre l'humidité et de petites prairies y subsistent. Les troupeaux de dromadaires des hommes bleus du Sahara apprécient cette manne.
Nous reprenons la route à travers le grand reg pierreux. Il me vient alors à l'esprit une phrase qu'avait prononcé l'astronaute américain Edwin Aldrin à son arrivée sur le sol de la Lune, il évoquait une "magnifique désolation" ! Elle prend tout son sens ici aussi.
Cette zone très aride abrite une petite oasis où vivent quelques nomades du désert leurs troupeaux de chèvres.
Nous rentrons à l'hôtel au crépuscule. Après une telle journée d'escapade nous sommes harassés. Nous décidons de dormir en début de nuit et de nous lever vers 1h du matin pour profiter du ciel du matin.
A notre réveil, une fois de plus, il fait très beau !
La constellation de l'Hydre est bien placée dans le ciel donc je décide d'aller visiter quelques uns de ses trésors cachés et méconnus. A commencer par la galaxie NGC 2835 (10,3m - 6,6'x4,4'). A 180x l'objet est bien visible, son disque galactique est étiré dans le sens NNE/SSO, son noyau apparaît entouré d'une barre clairement perceptible. En vision décalée cette spirale révèle quelques bribes de bras.
NGC 2835 - Galaxie dans l'Hydre
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 22,11
Pendant ce temps Florian a pointé avec l'autre Dobson de 406 mm un de mes challenges du séjour, la petite galaxie IC 2531 (12,4m - 6,9'x0,6') de la Machine Pneumatique. A 128x je distingue un fin et long fuseau nébuleux possédant un léger renflement central. Même si IC 2531 est très pâle, le fait qu'elle soit vue par la tranche en fait tout de même un sujet d'observation esthétique. Le défis est relevé !
IC 2531 - Galaxie dans la Machine Pneumatique
Télescope de 406 mm à 128x (Meade UWA de 14 mm) - SQM 22,11
Je retourne dans l'Hydre pour rendre visite à une brillante galaxie qui aurait pu appartenir au catalogue Messier, il s'agit de NGC 3621 (9,4m - 12,3'x6,8'). Je découvre à l'oculaire un bel objet large et ovalisé dans le sens SSE/NNO possédant une condensation centrale notable. A 180x une petite portion de bras spiral est devinée à l'E du noyau.
NGC 3621 - Galaxie dans l'Hydre
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 22,11
A seulement 2 degrés de NGC 3621 se trouve la nébuleuse planétaire PK238+25.1 aussi appelée K1-22 (12,1m - 3,1'x2,9'). A 180x avec l'aide du filtre UHC j'observe une belle bulle diffuse. Ce rémanent gazeux est surnommé "le hibou du sud" car il ressemble à la célèbre M97 de la Grande Ourse. Et effectivement avec un peu d'attention je découvre dans la bulle de gaz léger assombrissement en forme de "8". K1-22 est la belle surprise du séjour astronomique.
PK238+25.1 (K1-22) - nébuleuse planétaire dans l'Hydre
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm + UHC) - SQM 22,11
Le matin une vision originale s'offre à nous. La Voie Lactée est plaquée sur l'horizon et son ruban argenté dessine un 360° sur la cime des collines. Le centre galactique se lève vers l'est en compagnie des planètes Jupiter et Vénus et de la lumière zodiacale. Mais cette portion du ciel est également couverte par de l'airglow, une ionisation de l'atmosphère qui cause le rougissement du tiers gauche de l'image ci-dessous et de la zone verdâtre qui la borde vers le centre de l'image. Une sorte de mini aurore tropicale ! Le comble c'est que la partie verte de l'airglow est perceptible à l’œil nu comme une vague nuée lumineuse !
Lumière zodiacale, pont zodiacal, gegenschein, SQM à 22,16, Voie Lactée à 360° et maintenant airglow visible à l'oeil nu, on aura tout vu durant ce séjour !
Le vendredi 8 février : journée off
Dernier jour à Tinfou et dernière nuit d'observation. Il faut déjà se préparer au départ et du coup ranger le matériel d'astronomie. Oculaires, filtres, atlas retrouvent leurs emplacements dans les sacs et valises. Ce vendredi soir nous profitons du début de soirée pour pointer quelques cibles avec les télescopes de 400 mm mais il n'y aura pas de dessins ...
Le samedi 9 février : En route pour la vallée du Dadès
Le séjour astronomique à Saharasky est terminé, nous prenons la route de Zagora pour visiter une coopérative bio avec notre guide berbère Tarik. Je suis très heureux de retrouver Tarik, nous nous étions déjà rencontrés il y a douze ans lors de mon précédant séjour au Maroc.
De Zagora nous empruntons la route du nord en direction de Tazarine puis de Boumalne. Les paysages désertiques sont encore un fois somptueux, un festival de formes et de couleurs surprenantes.
En fin d'après-midi nous arrivons à l'auberge Miguirne Chez Ali dont la terrasse offre un magnifique point de vue sur le village de Tamellalt et une petite partie des gorges du Dadès.
Nous sommes presque à la fin de notre séjour et pour fêter ce superbe voyage rien de tel que de savourer un bon couscous !
Le dimanche 10 février : Une journée dans les gorges du Dadès
L'auberge d'Ali est proche du canyon des doigts de singe, une curiosité géologique vraiment étonnante formée de couches sédimentaires fortement inclinées et érodées. Ali nous propose de nous accompagner à travers cette faille pour une randonnée de 3 heures.
La formation géologique des doigts de singe est aussi appelée cerveau de l'Atlas.
Cette randonnée vaut vraiment le coup, en plus des reliefs fantastiques du canyon, la vue sur le village de Tamellalt et sa forêt de peupliers blancs et d'amandiers est somptueuse. En arrière plan nous découvrons même les sommets enneigés du jebel Ouagouzalt qui culmine à plus de 3600 mètres d'altitude.
Après l'effort, le réconfort ! Une belle omelette berbère nous redonne des forces.
L'après-midi nous visitons les gorges du Dadès en voiture. Cette vallée attire de nombreux touristes pour la beauté de ses paysages naturels mais aussi parce qu'elle abrite de nombreux ksour, se sont d'anciens villages fortifiés.
La route située entre Tamellalt et M'Semrir est spectaculaire, la rivière Dadès serpente entre des falaises abruptes rougeoyantes.
Nous traversons un village où une cigogne peu farouche se laisse approcher.
La tortue du Dadès offre une vison insolite où la montagne prend la forme d'un dôme rappelant une carapace. La rivière a contourné la tortue en creusant la roche tout autour d'elle.
L'un des points touristiques les plus marquants des gorges est le "Tissadrine" ou le "Serpent", un lieu où la route grimpe un dénivelé de 200 mètres en effectuant une belle enfilade de lacets.
Le lundi 11 février : Retour sur Marrakech
Il est temps de retourner sur Marrakech. Nous empruntons une nouvelle route pour rejoindre le col du Tizi n'Tichka, celle-ci nous fait passer par la vallée de l'Ounila qui abrite le célèbre Ksar Ait Ben Haddou. Cette fortification est classée Patrimoine de l'Humanité à l'Unesco depuis 1987, elle a servi de décors à de nombreux films et séries comme Lawrence d'Arabie, Prince of Persia, la Momie et même Game of Throne !
Un peu plus loin nous croisons la kasbah de Tamdaght, une ancienne demeure du Glaoui.
La route qui mène à Telouet est vraiment magnifique, çà valait le coup de passer par là.
Le village Berbère de Tamazirt présente une architecture traditionnelle en pisé rougeoyante.
La vallée de l'Ounila est vraiment superbe, nous entamons l'ascension du versant sud de Haut Atlas.
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