samedi 12 septembre 2026

Une belle nuit de fin d'été au Montdenier

 

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La météo pour la nouvelle Lune de septembre est au beau fixe, j'en ai profité pour rejoindre quelques copains un pied du massif du Montdenier, dans les Alpes de Haute Provence. Nous nous installons dans une petite clairière d'altitude, nichée au cœur d'une majestueuse forêt de résineux. Ce spot en retrait de la route est vraiment agréable, il paraît coupé de la civilisation, sans lumières directes, ni habitations visibles. 



Gilles et Serge ont déjà monté leurs télescopes, des dobsons de 600 et 400 mm. 

A côté de ces géants, mon modeste Nexstar 8 SE de 203 mm paraît bien pitchoun, mais il a tout d'un grand et permet tout de même de faire de belles observations. Comme je souffre toujours du dos, je n'ai malheureusement pas pu sortir mon Taurus 508 mm, qui devra encore attendre avant de retrouver le chemin des étoiles.



Il fait encore bien chaud en ce mois de septembre, en journée nous cherchons l'ombre. Mais dès que le Soleil tire sa révérence, ce n'est plus la même chose, il faut bien se couvrir. Le climat actuel rappelle un peu celui du désert à cette altitude, un bon cagnard le jour, et une grand fraicheur la nuit.


L'obscurité arrive rapidement en septembre, nous nous hâtons de passer à table avant d'attaquer les choses sérieuses. 



La nuit est enfin là. Le pointage "go to" du Nexstar est paramétré, et le Seestar S50 pro installé en mode équatorial. Je suis prêt à commencer les observations. Je n'ai plus fait de visuel depuis la mois de mai, çà commençait sérieusement à me manquer. J'attaque avec un tout petit objet très méconnu, une petite nébuleuse planétaire nommée PK32+7.1 (12,2m - 14"), qui est aussi cataloguée par Peimbert et Costero sous la référence PC 19, c'est plus facile à retenir. Elle est située dans la queue de la constellation du Serpent. Lorsque le télescope arrive sur le champ concerné, à 91x avec le Nagler 22x, je ne vois que des étoiles. Comme l'objet est très petit, à ce grossissement il reste d'aspect stellaire et se confond avec les étoiles environnantes. Du coup je sors l'arme fatale, le filtre UHC, je l'intercale entre l'oeil et la lentille de l'oculaire, et en faisant du "blinking" (j'alterne rapidement des visions sans filtres et avec filtres) pour la faire clignoter, je parviens à la repérer. Je peux maintenant pousser le grossissement, je monte à 400x avec le Nagler 5 mm pour essayer de détailler cette NP compacte et voir si elle montre un peu de détail. Elle montre toujours un cœur stellaire brillant, mais en vision décalée il me semble entouré d'un petit halo nébuleux diffus. Par moment, je devine également une forme un peu ovalisée à cette petite enveloppe nébuleuse.

 

Dessin : PK32+7.1 (PC19) - Nébuleuse planétaire dans le Serpent
Télescope Celestron de 203 mm à 400x (Nagler 5 mm)
Montdenier (04)



Pendant ce temps, j'oriente le Seestar S50 pro en direction de la galaxie naine NGC 6822 (8,1m - 14,4'x15,4') de la constellation du Sagittaire. Ce site du Montdenier offre une vue particulièrement dégagée vers l'horizon sud, c'est une bonne occasion de s’intéresser à cet objet un peu bas. NGC 6822, aussi appelée galaxie de Barnard, est une naine irrégulière barrée de type magellanique (IB(s)m). Elle doit sa grande taille apparente à sa proximité, car il s'agit d'une galaxie du Groupe Local qui se situe à seulement 1,59 millions d'années-lumière. En réalité, elle est loin d'être énorme, sa taille réelle est estimée à 9200 années-lumière. Cette galaxie renferme un bon nombre d'étoiles jeunes, d'où sa teinte générale plutôt bleutée, et même quelques régions HII, de grands complexes nébuleux que l'on distingue sur mon image comme de petites condensations brillantes localisées sur la bordure haute de la galaxie, et deux autres apparaissent un peu détachée en haut à droite.


NGC 6822 -  Galaxie dans le Sagittaire
ZWO Seestar S50 pro 50/260 mm - Pose de 112x30s en mode EQ
Montdenier (04)



Je suis ensuite passé à la galaxie NGC 7331 pour rendre visite à sa supernova 2026aaiv, car cette dernière a encore gagné en éclat. Je vous renvois à mon article dédié à cet évènement galactique pour découvrir le dessin et l'image de cet objet.


J'ai envi de continuer à profiter de l'excellent horizon sud. Je décide de pointer le C8 en direction du groupe de galaxies de NGC 7172 (11,8m - 2,4'x1,3') du Poisson Austral, aussi connu sous la référence Hicskon 90. NGC 7172 est une spirale de type Sa pec vue de côté, elle est située à 112 millions d'années-lumière. A 7'S se trouve un groupe compact de trois galaxies visuellement attrayant. A 133x, les quatre galaxies apparaissent dans le même champ de vision. NGC 7174 (13,1m - 2,3'x1,2'), ovalisée, et NGC 7176 (11,5m - 48"x48"), toute ronde, semblent en interaction, les deux nébulosités sont placées côte à côte. Juste à côté du duo se trouve aussi NGC 7173 (11,9m - 1,2'x0,9').  

 

 Dessin : NGC 7172-3-4-6 (Hickson 90) - Groupe de galaxies dans le Poisson Austral
Télescope Celestron de 203 mm à 133x (Omegon Panorama II 15 mm)
Montdenier (04)

Côté imagerie, je continue dans la thématique des galaxies naines environnantes. J’envoie le Seestar S50 pro vers IC 10 (11,8m - 8'x7'), une naine irrégulière de type dIrr IV/BCD, qui se situe dans le Groupe Local à 2,15 millions d'années-lumière. Cette galaxie est perçue à travers les champs stellaires riches de la Voie Lactée, du côté de la constellation de Cassiopée, ce qui provoque une atténuation de sa luminosité. IC 10 est une galaxie qui possède une intense activité de formation d'étoiles, elle est riche en régions HII en nuages de poussières, et en population d'étoiles massives.

 

IC 10 -  Galaxie dans Cassiopée
ZWO Seestar S50 pro 50/260 mm - Pose de 112x30s en mode EQ
Montdenier (04)

Quand aux explorations visuelles, je poursuis en pointant de tout petits objets dans la constellation du Cygne, bien haute dans le ciel en milieu de nuit en cette saison. Je commence par M 1-92 (11,7m - 8"x7"), une proto nébuleuse planétaire que l'on surnomme aussi la nébuleuse de l'empreinte, ou "Minkowski Footprint" chez les anglo-saxons. Nous sommes en présence d'une étoile qui est parvenue en fin de vie mais qui n'est pas encore devenue une naine blanche. Elle a néanmoins commencé à éjecter du gaz et de la poussière à grande vitesse. Elle se situe à 8000 années-lumière, dans les champs denses en étoiles de la Voie Lactée estivale. La richesse en étoile du secteur du Cygne où elle se trouve rend son repérage ardu, même avec l'aide du "go to". A faible grossissement, à 90x avec le Nagler 22 mm, elle apparaît quasi stellaire. Une carte du ciel ou une photo précise est nécessaire pour la localiser. En poussant le grossissement à 400x, l'objet est plutôt lumineux et dévoile sa nature nébuleuse. M1-92 montre de lobes distincts en contact, l'un étant plus gros que l'autre, son aspect colle bien avec son surnom de l'empreinte de pas.

 


Dessin : M1-92 - Proto nébuleuse planétaire dans le Cygne
Télescope Celestron de 203 mm à 400x (Nagler 5 mm)
Montdenier (04)


Non loin de M 1-92, se trouve un autre petit objet très compact, il s'agit de PK 64+5.1 (11,4m - 13"x10"), alias l'étoile à hydrogène de Campbell. Voilà une nouvelle proto nébuleuse planétaire, une bulle de matière émise par HD 184738, une étoile de deux masses solaires de type Wolf Rayet carbonée (type WC9), qui chauffe à 50 000 K et expulse ses couches externes. Au télescope, le défi est plus de la repérer au milieu des innombrables de la Voie Lactée que de la voir, car elle est plutôt lumineuse. Là aussi, il faut pas mal grossir pour la distinguer des étoiles. A 400x, on la distingue comme une étoile, entourée d'une petite bulle diffuse. Sa structure présente une double coquille de matière, la première est proche de l'étoile et brillante, et la seconde forme un halo externe faible, avec une bordure diffuse. PK 64+5.1 émet fortement en H alpha, ce qui lui confère une teinte rougeâtre prononcée, que certains observateurs ont noté dans des instruments de gros diamètres. Dans mon télescope de 203 mm, je n'ai pas noté de couleur, le flux lumineux à ce diamètre était certainement trop faible.

 

Dessin : PK64+5.1 - Proto nébuleuse planétaire dans le Cygne
Télescope Celestron de 203 mm à 400x (Nagler 5 mm)
Montdenier (04)



L'étoile à hydrogène de Campbell est réputée pour montrer de belles raies d'émission dans son spectre. Du coup je me suis livré à une petite expérience de spectroscopie visuelle avec mon réseau Baader 200 traits. Même si le flux de lumière à travers le C8 n'est pas suffisant pour révéler l’étalage de couleur du spectre visible, les raies d'émission sont quant à elles parfaitement observables ! D'après leur disposition (nous avons à l'oculaire une bonne partie des raies d'émission caractéristiques de l'hydrogène appartenant à la série de Balmer), je devine que le bleu est à gauche et le rouge à droite. Et en suivant cet axe de lecture, nous avons probablement le H gamma dans le bleu (à l'extrême gauche), ensuite la raie du carbone (CIII), immédiatement flanquée à sa droite d'une condensation très forte qui correspond au H bêta (dans le bleu-vert), puis un renflement un peu large dans ce qui doit être la zone de l'orange. On a ici un enchainement de raies plus modestes mal dissociées (une autre raie CIII, l'azote NII, une nouvelle raie du carbone CIV et l'hélium He I), et pour terminer une petite condensation à l'extrême droite où se situe le rouge, il s'agit du H alpha. Avec Serge, nous nous affairons à dessiner ce spectre détaillé avec un plaisir non dissimulé, car c'est sans nul doute une observation peu banale. C'est toujours un grand plaisir d'associer un peu de science à de la découverte visuelle des objets.


Il commence à se faire bien tard et je suis rattrapé par la fatigue et le sommeil. Avant d'aller dormir dans le camping car de Gilles, je tente une dernière expérience, mais en photo cette fois-ci. Comme le ciel me paraît vraiment très dégagé vers le sud, je vois qu'il y a de la place sous les étoiles de la constellation du Sculpteur. je parviens même à deviner la présence de l’étoile Gamma de la Grue au raz des reliefs lointains. Je sais qu'il y a une belle galaxie australe juste au nord de cet astre, il s'agit de NGC 55 (7,9m - 31,2'x5,9'). La dernière fois que je l'ai observé j'étais dans le désert du Kalahari en Namibie ! Je lance le Seestar S50 pro vers cette destination, et bien m'en a pris car quelques dizaines de secondes plus tard, voilà que la galaxie apparaît sur mon écran ! Le fond de ciel n'est pas trop "pourri" sur l'image, du coup je laisse le smart télescope accumuler des poses. Et voilà, le portrait de NGC 55 est dans la boite ! C'est assez incroyable d'arriver à faire une telle photo à notre latitude boréale. NGC 55 est une galaxie spirale barrée magellanique de type SB(s)m. Il s'agit d'une voisine de notre Groupe Local galactique, elle est situé à seulement 6,5 millions d’années-lumière.Son disque galactique de taille modeste, s'étire sur près de 68 500 années-lumière, il est vu de côté et présente une structure asymétrique. 

 


NGC 55 -  Galaxie dans le Sculpteur
ZWO Seestar S50 pro 50/260 mm - Pose de 60x30s en mode EQ
Montdenier (04)

 

Voilà une très belle nuit qui s'achève. Que çà fait du bien de retrouver le chemin des étoiles ! Et dans un décors pareil, que demander de plus.


 

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